Awala Yalimapo, ponte des tortues luth

Le 20 Mai 2018, Guyane

Aujourd’hui nous irons à Awala Yalimapo, village d’amérindien Galibi composé des villages d’Awala et de Yalimapo. Situés sur la cote, nous irons (du moins nous tenterons) d’observer la ponte des tortues Luth, olivâtre ou verte présente sur les plages du mois d’avril à juin.

Il est 12h. Nous partons de Cayenne après avoir profité des nombreux fruits et légumes du marché. La route est très bonne, la conduite est agréable, les vitres ouvertes, le vent nous rafraichi sous un soleil au zénith.
Nous faisons un arrêt dans la petite ville d’Iracoubo (2000 hab) afin de voir son église construite en 1893, classée monument historique depuis 1978. Elle a la particularité d’avoir été peinte par un bagnard, M.HUGUET.

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 Le trajet est ponctué de nombreux arrêts pour observer la faune, la flore, les criques …etc. Nous observons sur le trajet des nids que nous supposons appartenir à des kikiwi (Pitangus sulphuratus).
Une halte s’impose à la crique Organabo. Très jolie lieu où l’eau est couleur caramel, elle est fraiche. Quelques barques, certaines pleines d’eau, sont sur les abords, peut être abandonnée.. Les rochers présents dans la crique créent un petit saut qui agite le cours d’eau.

 

Nous repartons, après le carrefour du Galion la route devient plus sinueuse et donc plus dangereuse. Dans cette faune omniprésente de part et d’autre de la route beaucoup de détritus jonchent les abords de la route et gâche le paysage. Les gens irrespectueux, ne comprennent toujours pas l’importance et l’urgence de préserver ces lieux…
Vers 15h30, après plusieurs heures de routes traversant la forêt, une grande éclaircie apparait sur la partie droite de la route. Nous arrivons en faite au niveau d’immense plaine inondées qui sont les rizières de Mana.

Apres que nous ayons traversé la ville de Mana (nous y reviendrons le lendemain car il est déjà 16h) Awala apparait. 230 km au compteur. Tout d’abord le sable caractéristique de ce village apparait sur les bords de la route, ensuite quelques maisons en palme de cocotier, ou en parpaing pour les plus récentes. La route s’arrête brusquement sur un petit parking … nous y sommes.

 

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Nous avions réservé par téléphone des places dans un des carbets du restaurant Yalimalé. 13 euros la nuit (autant pour un repas au restaurant), il faut apporter ses hamacs, le petit déjeuner n’est pas compris (il est à 5.50 euros).
Le carbet est constitué, comme la majorité des habitations, de feuilles de cocotier tressées pour le toit, et de divers troncs d’arbres pour la structure. Le carbet est ouvert par le bas, une moustiquaire fait tout le tour et nous protégera des moustiques, en nombre à Yalimapo ! Grand luxe, nous aurons des douches et toilettes dans le carbet.

Nous partagerons le carbet avec 5 personnes. Après avoir déposé les affaires, monté les hamacs, nous partons sur la plage située à 100m, il est 18h00. Les tortues arrivent environ 2h avant et 2h après la marée haute. Une petite baignade rafraichissante dans l’embouchure du Maronie permettra de nous détendre des 4h de route. Le soleil se couche, il est 18h30. Les tortues arriveront bientôt, nous allons manger au restaurant.

 

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Au menu ce midi : fricassé de poulet, cachiripo de poisson, gibier (Cabiaï)… Le cachiripo est servi avec du couac et des galettes de manioc qui se trempent dans l’assiette creuse où baignent des morceaux de gibier (ou de poisson) dans de l’eau.

Il est déjà 20h45, nous n’avons pas l’heure passée ! On paye addition vite fait, on va se changer avec des vêtements type jogging et tee-shirt manches longues, de l’anti-moustique et on file sur la plage. Il fait noir, la lune n’est pas là ce soir. A droite, à gauche nous sillonnons la plage avec le faisceau de nos lampes…. rien.

Rien rien de rien !! Pas l’ombre d’une tortue… normal on a pris 3h pour manger ! Nous demandons à deux touristes qui nous disent avoir vu deux-trois tortues mais elles ont été peu présentes ce soir. 2ème chance, la marée sera haute vers 6h00, à l’aube. Ça nous permettra même peut être de voir des tortues de jour. Nous retournons au carbet tête baissée, nos compagnons de carbet en ont vu quelques-unes… pendant que l’on était entrain de manger !

Nous mettons les réveils à 4h30, pas question de les louper. Jusqu’à 3-4 du mat, j’ai pu écouter toute la playlist d’un bar qui m’était sa sono à fond. Un conseil : prévoyez les boules quies ! Pour entendre le réveil ce n’est pas très pratique, je me suis donc sacrifié…
4h30, j’émerge… la nuit fut rude. Je réveil tout le monde. Certains dormaient profondément grâce aux boules quies…hum ! on se prépare et on y va. Première tortue en vue, et c’est une tortue verte. Elle commence à monter, un peu affolée par l’éclairage de ces foutus touristes elle repart. (aucune de mes photos n’a été prise avec le flash).
Ensuite, plus rien.

 

Pas mal de nids de tortues tout le long de la plage, mais je pense qu’elles nous évitaient. 7h00, magnifique levé de soleil, on s’apprête à rentrer, Yasimin insiste pour un dernier tour un peu plus loin sur la plage.
Bingo ! Une tortue verte, et en plein jour ! Elle termine tout juste de reboucher son nid. Elle fait plusieurs tours, va vers les terres, revient vers la mer, on pourrait croire qu’elle est perdue mais en fait elle brouille les pistes pour éviter aux prédateurs (chien errant, lézard, homme..) de retrouver facilement l’endroit de ponte. Toutes ces manipulations lui demande énormément d’énergie. Déplacer 150kg sur du sable avec, pour arranger les choses, des branches, feuilles sur son passage… pas évident.

Elle prendra environ 3/4h pour repartir. Quelques touristes sont présents dont ceux de notre carbet d’ailleurs. Un membre de l’association Kwata (association d’Etude et conservation de la Faune sauvage de Guyane) est présent. Personne ne s’approche ou se met en travers de son chemin. Elle repart tranquillement, traçant un sillon caractéristique derrière elle, magnifique spectacle… paisible, imposant, majestueux.

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Il est 8h00 nous allons petit déjeuner. Entre deux morceaux de pain, nous établissons un petit changement de programme. Nous devions rentrer ce matin, mais nous n’avons vu aucune tortue luth. Nous reviendrons donc sur la plage ce soir, et pas question d’aller au resto cette fois ci ! Durant la journée nous irons voir la ville Saint-Laurent du Maronie. La pluie nous accompagnera toute la journée, la visite du camp de la transportation sera humide et très courte puisque nous y sommes allés un dimanche après-midi, et le dimanche après-midi plus de visite guidée ! Il n’y a aucun panneau d’explication, nous ne verrons que des bâtiments, plus ou moins en rénovation, certain servant de local à des associations. un peu déçu, nous partons faire petit tour de la ville. Saint-Laurent (20 000 habitants) est pourvue d’une belle architecture de type coloniale. Sous préfecture de la Guyane, Saint-Laurent se caractérise par sa diversité ethnique et sa population jeune (60% de la population à moins de 25 ans). Sur le chemin du retour nous faisons un arrêt dans des stands tenus par des Saramaca proposant leurs artisanats. Au premier abord les produits sont hors de prix, mais descendent de moitiés sans la moindre négociation. on peut arriver à des prix correctes en négociant.
Sur le chemin vers Awala nous rencontrerons un serpent (non identifié), et un mouton paresseux perché dans un arbre à une trentaine de mètre.

 

 

17h30 nous sommes sur la plage, tranquillement, on discute en attendant les tortues … 1h plus tard Olivier aperçoit la tête d’une tortue qui vient respirer à la surface et disparaitre immédiatement dans l’eau. Elle réapparait soudainement sur la plage, nous sommes les seuls à coté d’elle, et à une distance raisonnable pour ne pas la déranger (une cinquantaine de mètres). Elle avance, recule, revient, fait demi tour et repars s’enfoncer dans l’eau … C’était notre première tortue Luth du séjour !

 

 

Un peu plus tard dans la soir ée une tortue Luth viendra pondre sur la plage, un cercle de personne s’est crée autour. Malgré les interdictions d’éclairer l’animal durant la période de ponte, 3 flashes ont été déclenché. Un vrai fléau ces touristes qui ne respectent rien !!

La tortue déposera dans son nid soigneusement creusé, de 50 à 150 gros œufs ronds et blancs qu’elle recouvrira tout aussi soigneusement. Fabuleux spectacle que de voir la dextérité avec laquelle la tortue creuse son nid (d’une profondeur de 70-80 cm), et le recouvre ensuite délicatement, et ça avec ses nageoires arrières. La bête peut faire jusqu’à 500-600 kg, et est extrêmement vulnérable sur terre (elle n’a pas de carapace mais des plaques osseuses recouvertes d’une peau épaisse). Dans 7 semaines, les œufs écloseront, les petites tortues mettront 3 à 5 jours pour remonter à la surface.
Tous les œufs qui ont été soumis à une température d’incubation inférieure à 29.5°C seront des mâles, au dessus, des femelles. Une femelle pond en moyenne 5-6 fois par saison (parfois jusqu’à 9 ou 10 fois) à un intervalle d’une dizaines de jours. Nous rentrerons tranquillement sur Cayenne dans la nuit.

 

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