antananarivo à soanierana ivongo en moto

Sommaire

Aout 2008, mes amis et moi discutions d’un voyage sur l’île Ste Marie, une île paradisiaque située à l’est de Madagascar, à 35 kilomètres de la côte. Certains préfèrent s’y rendre en avion, d’autre en voiture, moi j’ai plutôt envi de faire le voyage en moto. Lorsque j’expose l’idée tout le monde me dit que ce ne n’est pas une bonne idée, surtout avec une moto chinoise ! La route est difficile (sinueuse, glissante quand il pleut, très usité par les camions et taxis brousse…) et ma MAK 125-7 ne fera jamais les 1000km A/R et 1300m de dénivelé. Peut être, mais c’est l’aventure ! Au pire je rentrerai en taxi brousse ! Je décide de tenter le voyage et de rejoindre Ste Marie avec ma MAK 125-7 rouge.

Première étapes, la préparation. Elle sera succincte puisque je ne pourrais pas transporter beaucoup d’affaire. La moto n’est pas très grosse, je mettrais deux sacs à dos sur le siège passager à l’arrière. J’emporterai quelques vêtements, 2 chambres à airs et 2 bombes anti-crevaison + divers outils pour parer à d’éventuelles pannes, deux cirés pour moi et mes sacs, une longue chaîne, quelques cadenas, une carte de la route et un petit bidon de 5 L d’essence. Je décide de partir environ 3 jours avant l’arrivé de mes amis à Ste Marie. Je ne sais pas encore où je me m’arrêterais pour passer la nuit. Bien qu’ayant préparé et peaufiné la moto, je ne suis pas à l’abri d’une panne technique, ce que je crains le plus.


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trajet de Cayenne a Macapa

Mardi 12 août 2008,
Jour J, je me lève tranquillement vers 7h pour un départ prévu vers 10h. Ma première étape sera de rejoindre Moramanga situé à 115km de Tana. Je ne pousse pas trop le premier jour...
Je place mes affaires sur le siège passager, le tout entouré d’un ciré lié par deux tendeurs. Le bidon d’essence pose un petit problème, je me rends compte qu’il n’est pas hermétique. Fallait pas s’attendre à de la qualité avec un bidon à 80 centimes, bref je le place bien droit derrière moi. Je démarre, test les freins, les pneus (je dois passer à la pompe à essence), et c’est parti! Il est 10h du matin, le temps de m’arrêter à une station rajouter quelques bars à mes pneus et je commence par sortir de la ville très tranquillement, ça serait dommage de chuter maintenant. Ha oui, j'oubliais, je n'avais jamais conduit de moto auparavant, d'ou une petite appréhension quant à la manipulation de l'engin!
La sortie de la ville est un peu comme partout bouché, mais ça avance. Après quelques kilomètres sur la RN2, je commence à entamer les longues courbes à travers les rizières...
La conduite est complètement différente et le plaisir se fait rapidement ressentir. Plus besoin de freiner, accélérer, s’arrêter, doubler, telle que l’impose la conduite urbaine. Sans rouler très vite je ressens déjà cette sensation de "glisse" et de vitesse, tout en découvrant à travers ma visière rayée un paysage magnifique composé de rizière, de petite maison étroite en terre rouge, d’enfants tirant une boite de conserve sur roulette, croisant des taxis brousse usés transportant des gens fatigués par le voyage venant de Moramanga, Brickaville ou même de Toamasina. Je sais que le voyage sera aussi très fatiguant mais la moto a ses avantages que le taxi brousse n’a pas ! Pause pipi quand cela s’impose, fruits et beignets à volonté, arrêt paysage à ma guise… inconvénient, peut être plus dangereux (quoi que)… la pluie, je suis équipé pour, le froid un peu moins mais les températures se réchaufferont en atteignant la côte. Vers 14h je mange dans le resto d’un parc de papillon. Brochette de zébus, pomme de terre, et café pour repartir en forme. Il fait froid (~8-10°) et il pleut. Chaque virage se passe avec beaucoup de précaution. J’ai hâte d’atteindre la côte pour des températures et un temps plus agréable.


Moramanga

Je croise quelques camions et par la même occasion je m'offre de petites frayeurs car un taxi brousse qui double un camion en plein virage, forcement ça fait drôle. 115 km de route impeccable et j’atteins Moramanga, il est 15h. Je veille à 2 choses pour ce voyage, la panne mécanique et la panne d’essence. N’ayant pas de jauge d’essence je dois faire mon petit calcul et surtout faire le plein dès que j’en ai l’occasion. Les stations essences à Mada sont généralement bien reparties sur les routes puisque les Taxis brousse en sont de gros consommateur. Je repère une station rapidement dans la ville et me dirige vers elle. Un pompiste me fait signe de la main qu’il n’y a pas d’essence, « le camion citerne n’est pas passé aujourd’hui et passera peut être demain ». .. houla.. ‘peut être demain’ signifie 8h comme 18h voir dans 2 jours ! Je lui demande s’il y a d’autre station dans la ville mais … malheureusement non. On va devoir faire sans. Il me reste normalement 5 litres dans le réservoir et j’ai tjrs mon bidon de réserve au cas ou. Ca devrait aller.
Ayant une connaissance à Moramanga je décide d’aller la voir. Elle tient un hôtel, ça pourrait être l’occasion d’y passer le nuit ! Depuis l’ouverture d’un chantier d’extraction de nickel et cobalt dans la région (projet ambatovy), les camions et autres engins de travaux ne cessent d’emprunter les étroites ruelles du centre ville rendant l’environnement poussiéreux, bruyant et donc peu attrayant. Je me faufile entre les camions pour arriver devant l’hôtel. La tante en question n’est pas encore là. En attendant, j’en profite pour resserrer quelques boulons de la moto. J’ai remarqué que la béquille centrale ne remontait pas complètement et elle frottait dans les virages… plutôt dangereux, mais le problème est vite réglé. La tante arrive, et après lui avoir expliqué mon petit voyage, elle me propose gracieusement une chambre dans son hôtel. C’est une chambre qui est en rénovation, elle n’est pas terminée mais l’essentiel y est, un lit et une douche ! Elle me proposera même de rentrer ma moto dans le hall de l’hôtel pour éviter de ne retrouver que le cadena demain matin… je la remercie chaleureusement. Je vais manger quelques nems et une soupe dans un restaurant chinois du coin, je rentre et m’endors aussitôt, la première journée de route m’a épuisé.

Km effectués : 115km
Prochaine étape à dans 243km
Arrivée dans: 393 km


Mercredi 13 août 2008
Le lendemain matin, réveille vers 6h. Je sors la moto, fixe mon paquetage sur la moto, et m’en vais. Je n’aurais pas l’occasion de dire au revoir à la tante, encore dans les bras de Morphée à cette heure là...
L’air est frais, le temps nuageux, et le flux de camion commence à s’intensifier en centre ville, mais je suis déjà en dehors. Le paysage verdoyant s’intensifie au fur et à mesure de ma descente vers la côte. Je décide de faire une petite pause dans le coin d’un virage tout en restant attentif qu’un camion en croisant un autre, ne vienne pas m’accrocher un bras. De l’autre coté de la route, j’aperçois une maison adossée à une toute petite colline surplombant un vallée et la route. Ayant entendu ma moto s’arrêter devant chez eux, je vois les enfants regarder curieusement à travers les quelques arbres plantés devant. Je leur fais signe, il rigole et vont se cacher. Ensuite, un homme, vieux, grand, apparaît. Me regarde les bras croisés, et d’un geste lent, mais salut de la main. Je fais de même. Voila les présentations sont faites ! Je contemple encore un peu le paysage au rythme des quelques véhicules qui passent, et je repars.


ranomafana

Je passe la bifurcation pour Andasibe (parc naturel que j’ai visité quelques mois auparavant), quelques ponts plus ou moins bien entretenu, je double plusieurs troupeaux de zébus en faisant bien attention de ne pas en percuter un prit d’un coup de panique. Ayant maintenant passé les hautes terres, le relief se fait moins escarpé. Les virages se font rare et les longues lignes droites m’incitent à pousser la moto… mais la prudence est de rigueur. Même si elle atteint difficilement les 100km/h (avec cette impression d'être à 200!), je ne suis pas à l’abri de rencontrer un nid de poule qui me ferait faire un magnifique vol plané. Donc je prends un rythme de croisière, et les kilomètres de mon compteur défilent...

sur la route

Je passe la bifurcation qui permet de descendre la côte par le sud, moi je prends à gauche et je longe maintenant la côte en prenant plein nord. La route goudronnée est excellente, et fraîche ! De nombreux travaux bourgeonnent sur la route, coupant dès fois la circulation alternativement. Une fois le goudron sec, la route est un vrai plaisir à emprunter. Malheureusement elle incite aussi les taxis brousse à aller plus vite… Après plusieurs kilomètres une pause s’impose ! Les petites échoppes du village de Mahatera me semblent accueillante. J’y bois un café léger et servi dans une grande tasse. L’échoppe, entièrement constitué de planches noircies par le feu de bois est située au bord de la route. Les bancs branlants installés devant l’échoppe frôlent la route empruntée par les camions. L’odeur des moufgasy (beignets ronds de farine de riz et sucre) tout chaud sortant du moule me donne envi d’en acheter 3-4 pour accompagner mon café. Ces moufgasy sont cuits sur une plaque en fer rempli d’alvéole accueillant les ‘boules’ de pâte fraîche. Placé ensuite sur le feu de bois, quelques minutes plus tard je déguste de succulent moufgasy ! Simple et efficace, ça constituera mon repas du midi. Je remercie chaleureusement celui qui tient l’échoppe et c’est reparti. La première borne kilométrique en sortie de la ville indique 104km pour atteindre Toamasina, il est 12h10.

sur le route vers Sainte Marie

Toujours pas d’odeur de sel marin, ni d’embruns de mer, car d’après la carte je suis à 10-15km de la côte. Vohitsara, Tsaratampona, autant de petits villages ou il doit faire bon vivre (‘tsara’ signifie ‘bien’, ‘bon’ en malgache), et me voici aux portes de Toamasina. L’entrée se fait par de longue double voie ou se côtoient bus, taxi, zébus, charrette, scooter, vélo, piétons… ils faut savoir être habile du guidon et surtout rester concentrer. Avant de rejointe consultat. Un arrêt à la station essence s’impose, je n’aurais pas le temps demain matin. La consul honoraire m’offrira gracieusement le gîte et le couvert pour cette nuit.

Km effectués: 358 km
Arrivée dans : 150 km


trajet du jour

Jeudi 14 août 2008
Départ en forme, et aux aurores. Le moment le plus agréable de la journée, il fait frais, j’ai droit au lever de soleil, les couleurs sont magnifiques. Aujourd’hui j’atteins le port de Soanierana Ivongo qui m’amènera à Ste Marie en bateau situé à 35km de la côte. Les 170km de route longent au plus près la côte rendant le paysage plus « sablonneux » mais toujours aussi verdoyant. Le paysage change, les cocotiers foisonnent !. Me voici sur la route, cheveux au vent (sous mon casque), le rythme est régulier et prudent. Je me fais doubler par deux malgaches sur une moto identique à la mienne, je m’amuse à lui suivre mais impossible de tenir le rythme sans prendre le risque de côtoyer le décors. La route est parsemée de nid de poule prêt à accueillir ma roue, mais qui apparemment ne fait pas peur au pilote! Je les laisse s’éloigner...
J’atteins ce passage de rivière dont on m’a souvent parlé. Le pont a été fait et refait pour être remplacé temporairement par un pont flottant le temps d’en construire un autre. On n’est jamais vraiment sûr de passer en fait ! Devant moi un taxi brousse passe sans grande difficulté, tant mieux. Je fais de même, et avec un peu de dextérité j’y arrive à mon tour. Derrière moi un énorme camion qui enfonce le pont flottant au raz de l’eau, les roues côtoient l’eau qui s’engouffre un peu sur le pont mais.. ça passe aussi ! Autour du pont la vie suit sont cours, une femme lave sa vaisselle, une pirogue passe, le soleil se lève… cette petite pause m’aura fait du bien, je continu. Plus que quelques kilomètres vers la dernière ville avant le port. Je sens soudain comme un flottement de l’arrière, puis un bruit bizarre typique de pneu à plat … Je me gare sur le bas coté, et effectivement, j’ai crevé la roue arrière. Par chance je suis à 5 kilomètres de Fénaorivo, un petit village. Je vide une bombe anti-crevaison dans la chambre à air, ça devrait tenir le temps d’atteindre un garage. Arrivé en centre ville je tombe à l’entrée sur un garagiste qui changera en 10min la chambre à air que je lui ai donné. J’ai suivi attentivement la manipulation, au cas où j’aurais à le refaire. La roue arrière est toujours un peu compliqué à changer, le frein et la chaîne n’aidant en rien à la manip.

pont flottant

Je règle et remercie le garagiste et ses assistants, je repars. Plus qu’une petite soixantaine de kilomètre. Je passe de nombreux ponts plus ou moins bien entretenus, et arrive enfin au port de Soanierana Ivongo. Pas vraiment d’indications pour me rendre au débarcadère, je demande donc d’abord en malgache, et pour être sûr je demande à quelqu’un d’autre en français. La direction qui m’est indiqué est assez vague mais je pense trouver. Je descends une sorte de longue piste boueuse qu’un minibus transportant 5-6 asiatiques hésite à emprunter. Pour ma bête de course ce n’est pas un problème, deux trois fois les pieds dans la boue pour l’aider à avancer et j’arrive au bord de l’eau. Comme prévu un bac attend. Une voiture et une camionnette attendent le dernier véhicule sur le bac. Le mini bus des asiatiques je suppose !
Après bien 1 à 2 h d’attente le minibus fera demi tour, et laissera place à un énorme camion brousse qui n’hésitera pas à passer le bourbier et s’installer sur le bac. Hop je sens que ça s’agite, le bac est sur le point de partir, je monte donc dessus. Ma moto bien calée sur une rambarde, j’entends les moteurs démarrer quand un jeune me demande :
- « ou vas-tu ? »
- « A ste marie » lui dis je.
- « ha … et pourquoi tu prends le bac ? »
Un court instant de réflexion pour me rendre compte que je ne suis peut être pas sur le bon bac !
- « hmm …ce bac va bien à un sainte marie n’est ce pas ? »
- « pas du tout » me répond il en rigolant

A ce moment là les moteurs du bac vrombissent, et la passerelle est entrain d’être lentement remonté. Panique générale !! je saute sur le mec qui remonte la passerelle pour lui dire que je descend !! j'empoigne ma moto et la descend. Oufff, il était moins une, je remonte sur la moto sous les regards et sourires des gens qui doivent me prendre pour un touriste plutôt paumé. Je n’ai jamais vraiment su où aller ce bac mais certainement pas à Ste Marie ! Mille mercis au jeune qui m’a évité une perte de temps considérable. Ça m’apprendra à ne pas demander !


bourbier

Je remonte tant bien que mal le bourbier que le camion brousse a rendu réellement impraticable, redemande mon chemin en précisant bien la destination, et on m’indique effectivement une autre direction. Tout en bas d’un cul de sac, juste après la gendarmerie, quelques taxis brousse attendent là. Formant l’impasse du chemin, une série de case en bois plus ou moins bien entretenue attendent le client, certaines servent de commerce, d’autres indiquent clairement qu’elles s’occupent du transport fluvial vers Ste Marie. Me voila donc un peu plus rassuré !
Seule la compagnie « La rozina » peut transporter ma moto. Les autres compagnies utilisent des bateaux de plaisance sur lequel il est impossible de placer une moto. Placé sous une terrasse de restaurant, derrière une sorte de vieux guichet en bois, un homme me confirme qu’il n’y a aucun problème pour moi et ma moto pour un départ cette aprem.
- « On attend juste que le bateau revienne, il ne devrait pas tarder ! »
C’est plutôt une bonne nouvelle surtout que le mec avait l’air sûr de lui.
12h, le soleil tape, j’attends à l’ombre en discutant avec un couple de zanatany (personne née à Madagascar d'origine étrangère).
14h, après avoir mangé un repas bien copieux, je décide d’aller me préoccuper de mes billets, car en discutant avec le couple je me rend compte qu’ils ont déjà les leurs, pas moi. Changement de réponse, cette fois ci ce n’est pas possible, ni pour moi ni pour ma moto. Il n’y a plus de place ! J’insiste en lui indiquant qu’il y a deux heures c’était d’accord (bon ok, j’aurais dû acheter le billet a ce moment là...) mais rien à faire, il me monte le cahier mentionnant tous les noms des inscrits au passage tant convoité.
Insistant à nouveau, il part finalement se renseigner…
15h, une personne que j’avais jamais vu auparavant vient me voir me disant que je pourrais partir, mais sans la moto. Il n’y pas de place que pour moi…ce n’était pas prévu, je ne sais même pas si je peux laisser la moto ici, et surtout la retrouver à mon retour. Je m’inscris tout de même…
Le zanatany me donne quelques filons sur l’endroit ou laisser ma moto. Deux possibilités, la gendarmerie, sûr mais cher, ou et le parking du restaurant, un peu moins sûr mais bcp moins cher.


La Rozina IV

16h, finalement une 3eme personne vient pour me signaler que ce n’est plus possible, ni pour moi si pour la moto… ça devient fatiguant.
16h15 Un bruit de moteur pétaradant se fait entendre, la Rozina revient. Le bateau porte la mention « Rozina IV » … que sont devenus les 3 précédents, je ne préfère pas le savoir. Ca me parait très juste pour un départ dans la demi heure sachant qu’il faut charger tout le monde et que les départs de nuit sont interdits.(il fait nuit à 18h15-18h30). Tout le monde décharge les cargaisons du précédent voyage, et une longue discussion s’installe entre plusieurs personnes (dont le commandant du bateau je suppose). Dans la confusion, je ne sais pas qui est qui, ni même de quoi ils parlent. Mais je suppose que c’est concernant le départ puisque un membre de la gendarmerie arrive, discute 30 secondes avec le groupe et autorise enfin le départ de la navette. J’attends à coté des passagers près à sauter sur le premier désistement. A vrai dire j’ai peu de chance d’y arriver, une quarantaine de personne attendent (et quand on voit la taille du bateau ça va être serré!) Je recroise le groupe de chinois que j’avais croisé lors de ma (notre) fausse route vers le bac. Un p’ti sourire pour leur dire que je les avait reconnu, ils me reconnaissent également. Un des chinois voyant l’état du bateau, le nombre de passagers à embarquer et, surtout, le cercueil posé sur le toit du bateau accompagné de sa couronne de fleurs, décident de ne plus monter. Il est catégorique. Les discussions fusent, et s’ils décident de ne pas embarquer, ça fait de la place pour moi ! Je reste près d’eux, demandant toutes les 5min ce qu’ils décident de faire, en les incitant à prendre la décision de ne pas y aller et de leur racheter 2-3 places (1 pour moi, et 2 pour ma moto). Ils sont d’accord mais ils sont 5, il faut que je trouve 2 personnes supplémentaires. Très peu de temps me suffise pour trouver deux personnes voulant également traverser et, comme moi, s’y sont pris trop tard. Allez hop! on effectue la transaction pour régler la situation. J’achète les billets et commence à installer ma moto sur le pont avant du bateau. 15 bonnes minutes et 3 paires de bras seront nécessaires pour la mettre en place. Attachée, accrochée, elle ne bouge plus.

Il est 17h30, 3 quarts des passagers ont embarqué. Ca va vraiment être juste pour partir mais bon… j’ai espoir. Tout le monde continue d’embarquer peu à peu, quand le gendarme refait à nouveau son apparition, et là, déception générale, le bateau ne partira pas aujourd’hui. Tout le monde redescend ! Personne ne râle, c’est peut être plus sûr comme ça. Le cercueil aussi descend d’ailleurs. Il restera sur le ponton toute la nuit entouré des membres de la famille pour la veillée mortuaire… Avec la brume du fleuve, le cercueil entouré de bougie, la famille accroupi autour, l’ambiance était surprenante. De petits bungalows derrière le restaurant accueillent les passagers voulant passer la nuit au port.


chambre a Soanierana

Les bungalows sont tout à fait corrects, l’essentiel y est, et surtout propre. Un lit, une moustiquaire, une salle de bain, une table, sans oublier la boite de préservatif posée sur la table au cas où je rentrerais accompagné d’une éventuelle sortie nocturne.
18h30, je décide d’attendre sur la terrasse du resto en me prenant un verre. Je rencontre un autre vazaha (étranger blanc) du groupe de passager. Il est italien et habite avec sa femme et son bébé sur Ste Marie. Baroudeur, forte personnalité, beaucoup de chose à raconter, et heureusement intéressant ! Je l’écoute me raconter ses histoires et les heures passent. Nous mangeons en échangeant nos impressions sur le manque cruel de sécurité de ce bateau. Au fil de nos discussions sur l’île de Ste marie, la moto, le bateau, je me rend compte qu’il serait peut être plus prudent de la laisser ici, de toute manière je serais limité sur l’île avec une moto de type routière puisque toutes les routes sont plutôt en mauvaises états, et que pour pas cher on peut louer des motos cross.
J’ai encore le retour vers Tana à faire, je n’aimerais pas la bousiller sur l’île, surtout si je mets 5 jours à la réparer ! Je décide donc sur les conseils de mon acolyte de la descendre du bateau. Je me suis forcément senti un peu mal sachant que 2h avant on avait galéré à la mettre sur le bateau…
« azafady azafady! » je leur dit (désolé désolé!), et les remercies chaleureusement une fois la moto sur le ponton. Je la mettrais ensuite sur le parking du restaurant.
Nous rentrons chacun dans nos bungalows respectifs. Réseau téléphonique plus que médiocre, je décide de me coucher. Demain matin départ prévu à 7h. Afin de ne pas louper le départ, on décide de se réveiller mutuellement si l’un de nous n’entendrait pas le réveil.

Vendredi 15 août 2008
6h – 6h15 je me réveille, la nuit fut plutôt moyenne, réveillé par des gens qui se croyaient certainement seuls parmi tous ces bungalows… Première chose à voir, est-ce que le bateau est toujours là, on est jamais à l’abris d’une surprise ! oui, et ils chargent les bagages, c’est bon ça ! Deuxième chose, est-ce que ma moto aussi est toujours là ? .. oui ! la journée sera bonne !
Mon acolyte italien se réveille avec nos voisins le couple de zanatany. Le temps d’entamer le petit déjeuner composé d’un café et d’un moufgasy lorsque l’on nous appelle déjà pour embarquer. Hop, le café cul sec, le moufgasy dans la poche et c’est parti !
La quarantaine de personne est sur le ponton devant un homme debout sur une caisse retournée qui appelle les gens un par un. Après quelques dizaines de personne c’est à mon tour, j’embarque vers l’avant… pas forcement le meilleur endroit pour ceux qui sont sujet au mal de mer. Mais il y a bien pire, ceux qui embarquent dans les premiers se retrouvent à l’avant du bateau, comme coincé au fond d’une cale puisqu’il n’y a ni fenêtre, ni ouverture à proximité. Et pour qu’ils passent un bon voyage, ils sont dans le sens contraire de la marche… Je suis à la limite de cette zone et sur le coté, j’ai pu prendre une fenêtre, plutôt chanceux. Le couple de zanatany est sur la même rangée que moi, et l’italien derrière. Tout le monde a pris sa place, je compte rapidement, nous sommes 50 dont une bonne dizaine d’enfant, pour la plupart assis à l’avant d’ailleurs, comme si les parents leur disaient « habitue toi jeune, ça sera plus facile par la suite ! ».

dans la Rosina

Les moteurs démarrent, on a presque tous enfilés nos gilets rouges, certains n’auront pas la chance d’en porter. Le bateau quitte le quai… aucun remous, le bateau file sur l’eau tranquillement. Une bâche couvrant les fenêtres du coté droit est rabaissée. Tout le coté droit et maintenant condamné… je comprend mieux l’utilité de la bâche quand nous passons la première vague à l’embouchure du fleuve, on vient de se prendre une claque d’eau salé qu’heureusement la bâche a arrêté (plus ou moins). Le bateau commence maintenant à tanguer, la mer n’est pas vraiment calme et de longue vague font osciller le bateau. 20min plus tard et voila que les premiers seaux se remplissent… ce sont les enfants à l’avant du bateau qui sont malades en premier! Les pauvres, ils ne voient rien de ce qu’il se passe à l’extérieur, pas d’air frais pour calmer cette nausée. Aucun ne râlent, aucun ne pleure, je les vois fataliste à vomir dans ce seau qu’ils se passent à tour de rôle…

dans la Rosina

Le couple et l’italien ont l’air d’aller plutôt bien, moi j’essaye de me concentrer sur l’horizon. Les heures passent lentement, la côte s’éloigne peu à peu. On distingue à peine Ste Marie. Plus le temps passe et plus le couple devient blanchâtre, pour tendrent vers le verdâtre… l’homme tiens encore le coup mais, ce ne sera pas le cas de la dame qui aura juste le temps d’attraper le seau pour y mettre sa contribution. Voila maintenant plus d’une heure que le bateau pétarade et j’ai l’impression que l’on avance pas, je ne vois pas se rapprocher l’île. Quelques haut-le-cœur me surprennent mais je reste concentré, et surtout accroché à ma fenêtre qui devient un endroit très prisé maintenant !
D’autres personnes se sont collées à moi pour respirer l’air frais. Il faut dire que l’odeur d’essence dans le bateau n’aide personne à se sentir mieux. Une idée plutôt désagréable me traverse la tête. Il est déjà arrivé durant certaines traversées que le bateau pouvait tomber en panne et dériver ainsi pendant plusieurs heures avant d’être récupérer… qui a-t-il de pire sur un bateau que de faire du sur place en tanguant avec la moitié des passagers malade le tout baignant dans une odeur d’essence!! J’essaye de m’enlever cette idée de la tête. Je jette un coup d’œil rapide à l’arrière, l’italien est concentré, et ça marche, il tient le coup.

dans la Rosina

Voila maintenant 2h que l’on navigue, j’aperçois enfin les détails de la côte de Ste marie, il était temps. En tout il nous faudra 2h30 de bourlingage avant d’arriver au port de destination. Je pose un pied fébrile sur la terre ferme, un soulagement général se fait ressentir, tout le monde retrouve peu à peu le sourire, tout en essuyant quelques grimaces de nausée rebelles.

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